Premières lignes #11

Bonjour à tous !

Aujourd’hui a lieu ma onzième participation au rendez-vous littéraire initié par Ma Lecturothèque.

Le principe reste le même : je prends un livre et je cite ses premières lignes.

J’ai envie de vous parler d’un de mes romans préférés, Respire, de Anne-Sophie Brasme. Ce roman poignant témoigne d’une amitié folle et destructrice entre Charlène, une adolescente souffrante et mal aimée, et Sarah, une jeune américaine belle et populaire. Ce livre a été un énorme coup de cœur ; je l’ai lu d’une traite. Je conseille vivement ce magnifique bouquin. Vous ne pouvez que l’adorer !

 

respire de Brasme

 

 

Il est des heures où, depuis la nuit, glisse une ombre froide et incolore. Elle se laisse couler tout le long du couloir central, avant de se faufiler sous les portes en ferraille jusqu’à ce petit espace restreint encerclé par les murs des cellules. Et c’est cette même opacité qui vient nous rendre visite chaque soir, fidèle, inaltérable. On a beau passer des heures à regarder ce vide qui soudain enveloppe le monde sous nos yeux, il arrive que l’on ne puisse plus deviner aucun repère avant la pointe du jour, derrière les grilles électriques qui emmurent la cour, dans ce néant sans fin ni commencement.

Ici, l’écho des pas alourdis des gardiennes qui s’en vont marque le début de notre nuit. Il est minuit exactement quand plus aucun bruit ne vient troubler le silence autour de nous. C’est à cet instant précis que la même impression de solitude et d’égarement vient s’emparer de chacune d’entre nous.

Pendant ces heures, plus personne n’est alors capable de dormir.

Je sais qu’il est impossible de trouver le sommeil en ce lieu. C’est une des premières choses que j’ai apprises en arrivant ici. Nous aurons beau nous retourner inlassablement sur le matelas de nos couchettes, ronfler, tousser, parler à haute voix pour simuler une inertie, je sais très bien qu’en ces lieux où l’isolement est plus dur que n’importe où ailleurs, les nuits deviennent insomniaques.

Il y a celles qui pleurent. Les premières semaines, ces pleurs ressemblent à des cris de révolte et de haine. C’est le sentiment d’injustice et de chagrin qui transparaît. Et puis, au fil des mois, des années, les larmes apprendront à se taire, jusqu’à devenir parfaitement inaudibles. Pourtant, elles existent toujours, elles sont bien là, ancrées dans ce silence, et le temps ne parviendra jamais à les effacer complètement.

Il y a celles qui prient, même si en apparence ces femmes donnent l’impression de se foutre royalement de tout. Lorsqu’elles se taisent, elles font mine de jouer les âmes insensibles, mais le soir venu, ce sont les premières à regarder le ciel droit dans les yeux et à lui parler dans une langue qui n’appartiennent qu’à elles seules. C’est l’unique issue qu’elles ont trouvé pour échapper à leurs regrets.

Les autres, tout simplement, se contentent de rester éveillées. Leurs familles, leurs espoirs, la tendre indolence de leur vie d’avant les hantent, comme pour atténuer le supplice de l’attente. Alors il leur arrive parfois de faire semblant d’oublier qu’elles sont cloîtrées ici encore pour des années. Les unes regrettent, les autres non, et puis il reste celles qui, avec le temps, évolueront.

Mais ce que je sais, c’est que pas une d’entre nous n’aura la force de s’endormir. Même moi j’ai essayé, et malgré toute la volonté du monde, j’en suis incapable.

Le silence est notre thérapie. C’est lui qui nous apprend à regarder le passé, à affronter nos actes, combattre les erreurs. C’est lui qui nous fait réfléchir, et nous pousse à la remise en question, lui aussi qui nous guide, apaise nos angoisses ou les fait resurgir, nous sort de l’incertitude ou nous plonge dans la folie. C’est lui qui apprivoise ce que nous sommes, assassine le poids des heures, lutte contre les parts de nous-mêmes que nous voudrions oublier.

Jusqu’à ce que les pas des gardiennes se remettent à grincer dans le couloir, au petit matin, nous annonçant le départ d’un jour nouveau, mais qui, en fin de compte, demeure toujours identique.

Voilà à quoi ressemblent nos nuits, ici, derrière les barreaux de notre détention.

 

 

Et voilà pour ce RDV ! Etes-vous intrigué par ce roman, ou l’avez-vous déjà lu ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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6 réflexions sur “Premières lignes #11

  1. J’ai beaucoup entendu parler de ce roman et du film, aussi, cela seulement en bien ! A vrai dire, je ne me suis jamais penchée sur son sujet mais ce court extrait pique ma curiosité ! Il va falloir que je découvre ce roman… 🙂

    Aimé par 1 personne

  2. Coucou !

    En effet oui, ces premières lignes m’intriguent… C’est très beau, presque poétique. C’est triste aussi, on sent le désespoir et la lassitude chez la narratrice.

    En tout cas, le texte est poignant ; même le début du roman m’a émue. Je ne l’ai pas lu, mais pourquoi pas essayer un de ces jours 😉

    À bientôt, bisous ❤

    Sue-Ricette

    Aimé par 1 personne

    • Salut !
      Ce début du roman m’avait aussi rendue curieuse, quand je l’ai lu 😉 L’auteure a écrit un très beau texte !
      C’est justement le lyrisme présent dans le roman qui m’a plu, car les sentiments du personnage principal sont encore plus accentués…
      En tout cas, je suis contente d’avoir piqué ta curiosité 🙂 Si tu décides de lire ce livre, n’hésite pas à me dire ce que tu en penses ^^
      A + !

      J'aime

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