Criminal Loft d’Armelle Carbonel

Résumé :

Etats-Unis. Kentucky. Sanatorium de Waverly Hills. Ils sont huit. Six hommes, deux femmes, condamnés à la peine capitale et sélectionnés pour participer au reality show le plus brûlant qui ait jamais existé : « CRIMINAL LOFT » !
Chaque semaine, les votes du public élimineront un candidat afin qu’il reprenne sa place dans le couloir de la mort.
Un seul d’entre eux recouvrera la liberté… Mais lorsque huit dangereux criminels se retrouvent prisonniers du lieu dit « le plus hanté des Etats-Unis », l’aventure tourne au cauchemar… Quelles terribles épreuves leur réservent les créateurs du loft ? Jusqu’où iront-ils pour prouver qu’ils méritent de vivre ? A vous de juger…
A travers ce roman, l’auteure dénonce l’émergence des jeux de réalité, parfois choquants, qui envahissent nos écrans. Elle exploite les dérives liées aux concepts les plus extrêmes, entretenues par l’appétence morbide d’un public en quête de sensations fortes.

Ce que j’en pense :

J’ai lu ce livre en lecture commune avec Ludivine du blog Vingt et une pages, et je tenais tout d’abord à la remercier pour tous les échanges que nous avons eu autour de ce livre, puisqu’ils apportaient une plus-value non négligeable à la lecture 🙂 Ludivine avait déjà lu et adoré ce roman il y a quelques années (c’était donc une relecture pour elle) mais il s’agissait d’une première pour moi. Et ce thriller m’a beaucoup plu, je ne regrette pas du tout ma lecture.

Si vous me suivez depuis un moment, vous savez que les thrillers ne sont pas du tout mon genre de prédilection. J’en lis quelques-uns (mon dernier en date étant Toutes blessent la dernière tue de Karine Giebel) mais les ambiances glauques, les personnages dérangés et les crimes ne sont pas spécialement ma tasse de thé. Pourtant, comme je l’ai écrit dans le paragraphe précédent, j’ai totalement accroché avec Criminal Loft, c’était une belle surprise ! Voici, sans plus tarder, mon avis plus développé sur ce roman.

Criminal Loft : « le reality show le plus brûlant qui ait jamais existé »

Ce qui m’a tout de suite séduite quand j’ai lu le résumé, c’est le côté téléréalité de l’histoire. Celui-ci m’a fait penser à bien d’autres romans, comme Hunger Games, Phobos ou encore, dans une moindre mesure, La Sélection. Ce sont des dystopies, mais j’ai pu constater lors de ma lecture que les mécanismes sont les mêmes que dans Criminal Loft : des personnages sont livrés à eux-mêmes dans un lieu parfois atypique (la planète Mars dans le cas de Phobos par exemple) mais ils sont aussi jetés en pâture à des millions de téléspectateurs, puisque des caméras traquent leurs moindres faits et gestes. Ce voyeurisme a donc attiré mon attention et si l’on y réfléchit bien, ce n’est pas que de la fiction. Au début de la lecture on s’est fait la réflexion, avec Ludivine, que le jeu de Criminal Loft ressemblait assez à celui de Loft Story au début des années 2000. Dans le roman d’Armelle Carbonel, des personnages sont aussi enfermés dans un lieu défini (le sanatorium) et ils attisent l’amour et/ou la haine du public qui les observe à distance.

Et ce que j’ai justement trouvé glaçant dans Criminal Loft, c’est que l’auteure dénonce, par le biais de la fiction, le voyeurisme grandissant dans nos sociétés. Le jeu permet de montrer que le public est avide de sensations fortes, et est prêt à voir les pires tortures à la télévision pour assouvir ses pulsions. Criminal Loft, c’est la téléréalité que l’on connaît aujourd’hui, mais poussée jusqu’au bout. Ce sont les dérives de notre système actuel, des producteurs d’émissions toujours plus cruels pour assouvir les appétits d’un public avide de drames. Donc ce récit fait vraiment froid dans le dos.

Mais la comparaison avec la science-fiction et les émissions de téléréalité déjà existantes s’arrête ici. Les participants à ce jeu sont après tout condamnés à mort, et seul ce jeu permettra (ou pas) leur rédemption. Celle-ci est déterminée par les votes du public, et cela rend l’histoire encore plus extrême…

Ce qui est particulièrement marquant par ailleurs, c’est que l’on aperçoit, lors de la lecture, les coulisses de l’émission. A chaque nouvelle émission, jour après jour, le générique retentit dans le récit. Les présentateurs et la manière dont il font monter le suspens, les réactions du public, tout est retranscrit dans le livre. Et l’on s’y croirait presque… C’est aussi cela que j’aime dans le roman : l’univers est tellement bien décrit, les effets sont tellement réussis que l’on a l’impression d’être téléspectateur devant sa télé, et de regarder les candidats s’affronter entre eux. Et cela participe aussi d’une prise de conscience de notre part  : le but d’Armelle Carbonel est de dénoncer ce système médiatique et ce public, toujours en quête de sensations fortes. Or, le lecteur est relégué au statut de téléspectateur : on a aussi envie de savoir ce qu’il va se passer dans le Loft, on se prend au jeu. Donc au final on vit une histoire par procuration, et je trouve tout cela très habile de la part de l’auteure : en étant en position de spectateur, on se rend compte de la perversité de ce jeu de téléréalité. Cette cruauté est encore plus mise en avant par le choix du lieu du tournage : il s’agit d’un sanatorium désaffecté, le Waverly Hills, un lieu connu pour être hanté.

Waverly Hills : un lieu qui flirte avec le paranormal

Waverly Hills se trouve aux Etats-Unis : ce sanatorium existe réellement. C’est assez malin de la part de l’auteure de placer son histoire dans un lieu qui existe, car on a l’impression que les personnages, et leurs crimes, sont également réels. Si vous tapez « Waverly Hills » sur Google vous tomberez d’ailleurs sur pleins d’articles relatant des faits paranormaux qui se seraient déroulés dans ce lieu. Pour vous donner une idée, juste en dessous se trouve la photo de l’extérieur du sanatorium :

WAVERLY HILLS SANATORIUM (Louisville): Ce qu'il faut savoir
Waverly Hills, le sanatorium désaffecté (Louisville)

Le lieu dans lequel les personnages, condamnés à mort, jouent leur liberté est donc assez glauque. Et c’est justement l’un des points forts de ce roman selon moi : Criminal Loft est un thriller, mais l’auteure s’inspire également des procédés habituels des romans/films d’horreur, et nous offre ainsi une histoire palpitante. Il y a par exemple le personnage de Lydia qui incarne toute cette dimension horrifique du sanatorium. Je ne veux pas trop vous en révéler, mais les aventures de cette femme m’ont beaucoup marquée… Mes émotions sont en réalité très paradoxales tout au long du roman : j’ai sans cesse envie de détourner les yeux devant l’injustice subie par les personnages, mais en même temps je ne peux pas.

Waverly Hills est donc complètement glaçant et j’ai adoré. Vous n’avez pas besoin de croire aux fantômes et aux phénomènes paranormaux pour vous prendre au jeu. On voit de plus l’histoire par les yeux de John, le personnage principal. Et je dois avouer que cela m’a perturbée. Outre le fait que le « héros » de cette histoire est en réalité un monstre sanguinaire (c’est souvent le cas dans les thrillers après tout), j’ai été fascinée par son changement au fil des jours qu’il passait au sanatorium. Au début il est sain d’esprit (autant que peut l’être un criminel !) et au fil des pages il va perdre la raison. Et, en tant de lecteur, on observe sans broncher sa longue descente aux enfers. C’est vraiment saisissant, et ça l’est d’autant plus que les personnages semblent normaux. C’est ce que nous avons constaté avec Ludivine… En définitive tout dans cette histoire est emprunt de réalité, ce qui rend le récit encore plus effrayant. Le style d’écriture d’Armelle Carbonel participe de plus à cet effet de réalité.

Une plume excellente

L’auteure m’a tout de suite conquise par son style d’écriture soutenu et travaillé. Elle va dans les détails, utilise une tonne d’adjectifs pour décrire de manière juste ce qu’elle veut nous montrer. Donc c’était un réel plaisir de la lire. J’ai adoré toutes les descriptions des lieux : ils étaient tellement bien décrits, dans les moindres détails, que l’on avait l’impression d’y être. D’ailleurs plusieurs chapitres s’ouvraient sur la temps météo : beaucoup de métaphores sont employées pour rendre compte du soleil, de l’état de la végétation etc., et j’ai totalement accroché. Ces petits bouts de poésie au cœur d’un océan de noirceur m’ont convaincue.

L’auteure a aussi toujours des mots pour exprimer les sentiments et le point de vue de John ; son vocabulaire est très riche. Et j’ai clairement adoré. A titre d’exemple John s’évade souvent de la réalité et se réfugie dans son imagination. Celle-ci est perverse (d’ailleurs pas mal de passages ayant trait à ses pulsions m’ont dérangée) mais les mots utilisés sont tellement divers, et les phrases tellement bien tournées, que l’on dévore les pages sans même sans rendre compte.

Je ne vais pas passer des heures à vous vanter la plume d’Armelle Carbonel : le mieux est que vous découvriez cette auteure par vous-même, afin de vous rendre compte de la beauté de son style 😉 Criminal Loft est en tout cas une très belle surprise pour moi, et j’espère avoir l’occasion de lire d’autres de ses livres. Le seul point noir serait pour moi la fin : elle m’a un peu déçue car il n’y a eu de retournement de situation comme je m’y attendais. Des révélations ont bien sûr été faites, mais ça a été un flop pour ma part. Ceci dit ce dénouement ne m’a pas laissé un goût amer : le bilan de ma lecture reste avant tout positif. J’en profite pour conclure sur cette citation, qui résume à mon sens tout l’esprit de ce roman :

Waverly Hills est un lieu avide de souffrances, une bouche vorace qui vous mastique lentement jusqu’à vous réduire en bouillie. Et c’est exactement ce que le public attend de Criminal Loft, rivé à son écran, échauffé par une curiosité morbide, à l’image de ces automobilistes qui ralentissent aux abords d’un grave accident, sans manquer une miette du spectacle sanglant qui ne les concerne pas.

J’espère vous avoir donné envie de découvrir ce thriller ! Je remercie encore une fois Ludivine pour nos échanges, et je vous invite à aller lire sa chronique, qui se trouve juste ici 🙂

20 réflexions sur “Criminal Loft d’Armelle Carbonel

  1. En voilà une sacré chronique Mathilde ! Tu as résumé tout ce qu’il y a à dire sur ce roman ! Je suis heureuse que tu ais aimé le style de l’auteure. Je dois avouer que je n’avais même pas fait attention pour la météo et la végétation et pourtant c’est bien vrai, notamment avec leur « balade » dans le parc du Sanatorium. Ce sont des passages généralement importants avec parfois des révélations et secrets qui se dévoilent, et le climat qui règne à l’extérieur joue aussi son rôle dans l’ambiance général. Belle remarque ! Dommage pour ce petit flop de fin, mais heureusement ça n’a pas terni ta lecture 😉 Encore merci à toi pour cette lecture ! 😁

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    • J’ai fait des études de lettres, alors ça m’a obligée à toujours faire attention à la manière d’écrire des auteurs que je lisais ! Depuis j’y suis toujours extrêmement sensible : chaque mot dit quelque chose de l’histoire (enfin peut-être pas dans tous les livres, mais ici Armelle Carbonel a une plume très travaillée, comme nous l’avons constaté) ^^
      Et de rien, c’est toi que je remercie pour ce bel échange que nous avons eu 😉

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      • Ca se ressent, on sent le soin apporté à ta chronique. Tu as si bien décrit les sentiments contradictoires ressenti pendant la lecture, ce besoin de connaitre la suite de l’émission tout en pensant que ce sont des candidats particulièrement dérangeant ! Pour la plume d’Armelle Carbonel, je ne suis pas très objective, tu le sais, j’adore son travail, mais sa plume est fidèle dans chaque roman. Il y a cette forme de poésie sombre que tu cites. 😁

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  2. L’autrice semble dénoncer avec force ce voyeurisme qui me fait horreur tout comme ce sensationnalisme tant apprécié du grand public… La dimension horreur semble, en outre, particulièrement glaçante et la plume richement travaillée.
    Une lecture qui donne envie !

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    • Je n’aime pas les romans trop sombres, et je suis aussi une vraie trouillarde parfois ^^ Mais je te rassure, l’ambiance de ce roman est glauque, mais c’est savamment dosé, et ça ne fait pas extrêmement peur non plus (même si ça reste malgré tout un thriller). J’espère que tu te laisseras tenter 😀

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    • Je n’ai pas trouvé qu’Hunger Games faisait peur personnellement 😉 Toi si ?
      Pour résumer les choses, dans Hunger Games le suspens monte de plus en plus, on tourne les pages sans même s’en rendre compte, et on est addict. Dans Criminal Loft c’est un peu différent, l’univers ne fait pas non plus peur, mais il y a quand même un petit côté glauque, dérangeant, qu’il n’y a pas dans Hunger Games. Disons que l’ambiance est plus malsaine, des fois ça fait un peu frissonner. Tout dépend de tes sensibilités, si tu as peur des fantômes, des lieux hantés qui existent réellement etc 😀

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      • Moi non plus je n’ai pas trouvé qu’Hunger Games faisait peur, encore une fois je me suis mal exprimé, je voulais juste savoir si c’était plus glauque (merci de m’avoir fait trouver le mot que je cherchais 😄) ! Et tu as parfaitement répondu à ma question ! Merci ! 🤗
        Du coup je vais inscrire ce livre sur ma WL ! 📚📝

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