L’amie prodigieuse, tome 2 : Le nouveau nom d’Elena Ferrante

couv28512800Résumé :

« Si rien ne pouvait nous sauver, ni l’argent, ni le corps d’un homme, ni même les études, autant tout détruire immédiatement. »

Le soir de son mariage, Lila, seize ans, comprend que son mari Stefano l’a trahie en s’associant aux frères Solara, les camorristes qu’elle déteste. De son côté, Elena, la narratrice, poursuit ses études au lycée. Quand l’été arrive, les deux amies partent pour Ischia. L’air de la mer doit aider Lila à prendre des forces afin de donner un fils à Stefano.

Le nouveau nom est la suite de L’amie prodigieuse, qui évoque l’enfance et l’adolescence de Lila et Elena. Avec force et justesse, Elena Ferrante y poursuit sa reconstitution d’un monde, Naples et l’Italie, et d’une époque, des années cinquante à nos jours, donnant naissance à une saga romanesque au souffle unique.

Ce que j’en pense :

J’ai adoré ce deuxième tome. Il nous plonge encore plus en profondeur dans l’Italie d’antan que le livre précédent. Si je ne devais retenir qu’une citation, ce serait celle-ci :

« [Lila] réagissait en m’expliquant qu’en réalité je n’avais rien gagné, que dans ce monde il n’y avait d’ailleurs rien à gagner, que sa vie était aussi débordante d’aventures surprenantes que la mienne, et que le temps ne faisait que passer, sans aucun sens : il était simplement agréable de se voir de temps en temps pour entendre la musique folle du cerveau de l’une faire écho à la musique folle du cerveau de l’autre. »

Ce passage intervient à la fin du roman. Lila et Elena se retrouvent après une longue séparation, et échangent sur leurs vies respectives. Lena fait des études, Lila s’est mariée. Plus rien ne les lie, et c’est d’ailleurs pour cette raison qu’elles se sont éloignées au fil des années. Mais malgré leurs différences, malgré les voies différentes qu’elles ont empruntées, les deux amies restent proches voire dépendantes l’une de l’autre et j’ai trouvé cela très touchant. Et il va sans dire que cet extrait est absolument magnifique du point de vue du style !

Un tome addictif

Ce tome est plus addictif car le décor est déjà posé, on « perd » moins de temps en description. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié le récapitulatif des personnages en début de roman ; cela permettait de se replonger dans l’histoire en douceur.

Elena Ferrante reprend son histoire là où elle l’avait laissée, c’est-à-dire au mariage de Lila et Stefano. L’histoire commence donc in media res, et être plongée si rapidement dans le récit m’a rendue accro.

Ensuite, le tome 1 insistait beaucoup sur la vie de quartier dans sa globalité ; ce tome-ci met plus l’accent sur la vie de famille, comme si Elena Ferrante faisait un focus. Elle fait principalement le récit de la vie de Lila, qui est maintenant mariée à Stefano. On découvre tous les rouages du commerce de son mari et des Solara (l’épicerie et le magasin de chaussures), ainsi que la difficile vie de couple de l’époque. C’est surtout celle-ci qui m’a marquée. Je suis toujours aussi atterrée de voir autant de violence dans les foyers. Par exemple, Lila s’est beaucoup fait battre par son mari. Le pire de tout ça, c’est qu’elle et les autres filles du quartier trouvent cette situation normale ; elles sont résignées. C’est affligeant, et le passage suivant montre d’ailleurs très bien cette dure réalité :

« Depuis l’enfance, nous avions vu nos pères frapper nos mères. Nous avions grandi en pensant qu’un étranger ne devait même pas nous effleurer alors qu’un parent, un fiancé ou un mari pouvaient nous donner des claques quand ils le voulaient, par amour, pour nous éduquer ou nous rééduquer. »

Ce qui me tient aussi en haleine dans ce tome, c’est le comportement provocateur et novateur de Lila. Celle-ci, conformément à ses habitudes, n’en fait qu’à sa tête, elle est très imprévisible (plus que Lena, en tout cas). Mais le problème, c’est qu’elle est mariée et a des obligations ; elle ne peut donc plus faire ce qu’elle veut sans avoir à en subir les conséquences. J’aimerais vous parler de ses frasques, mais pour ne pas spoiler l’histoire, je vais me contenter de donner mon avis sur ce personnage haut en couleur :

Lila, un personnage qui ne finit pas de m’étonner

Tout d’abord, je choisis de traiter les personnages de Lila et Lena séparément, contrairement à ma chronique du premier tome, car le fossé entre elles deux s’élargit de plus en plus, à tel point que je trouve plus pertinent de faire deux parties distinctes. A part à Ischia et lors de quelques rencontres (comme celle dont est issue la première citation), les deux jeunes filles ne se parlent pas et rien de concret ne les réunit.

Lila m’a beaucoup surprise dans ce tome, tant elle est exceptionnelle. Je suis d’ailleurs un peu mitigée sur son comportement ; je l’ai trouvée frivole par moments, notamment dans ses fréquentations. Elle prend tout à la légère, et j’ai eu l’impression qu’elle semait volontairement la zizanie dans le quartier. Cela va sans dire que ça m’a déçue de sa part… Elle a été trop loin. Par exemple, son mari la bat, mais très franchement par moments je compatissais plus avec lui, vu ce que Lila lui faisait endurer… Elle est parfois sadique, et la seule chose qui me rendait son personnage supportable, c’était qu’elle causait tout ce mal aux autres dans une logique d’autodestruction : la vie qu’elle mène ne lui convenait pas, et c’est pourquoi elle s’acharnait à rendre la vie des autres difficiles : pour mieux qu’ils la punissent. J’ai donc été quand même touchée par Lila car, derrière ses comportements bravaches, se trouve un cœur et un esprit complètement brisés. Je pense qu’Elena Ferrante a réussi un coup de maître à travers le personnage complexe de Lila, et j’attends de voir comment celle-ci va s’assumer dans le tome 3.

Lena, une narratrice de plus en plus touchante

Par contre j’ai trouvé Lena moins présente : elle est toujours la narratrice, certes, mais en tant que personnage elle perd un peu de son importance. Il y a des chapitres entiers, surtout vers les 2/3 du roman, où elle ne fait que relater les aventures de Lila, sans s’y impliquer. C’est dommage, car je m’étais beaucoup attachée à elle… Elle me semble déjà plus réelle que Lila. Elle fait des études, ne provoque pas d’histoires et est beaucoup plus ancrée dans la réalité selon moi. Lila est une fille intouchable, qui ne fait que s’évaporer dès que l’on met le doigt sur quelque chose de sa personnalité, comme si elle n’était pas vraiment réelle (c’est en tout cas la sensation que j’ai eue, aussi étrange soit-elle…).

Lena se remet beaucoup en question dans ce tome, et ce sont ses interrogations qui m’ont marquée. Au tout début, elle songe ainsi à arrêter le lycée et il s’en ait fallu de peu pour qu’elle plaque tout. Elle est en pleine crise existentielle au début du roman, et la voir essayer de dépasser son manque de confiance en elle est assez bouleversant. J’ai eu l’impression qu’elle s’affirmait, dans ce deuxième tome. Elle a effectivement arrêté de se définir par rapport au quartier (en tout cas elle y travaille) et par rapport à Lila. Ca m’a fait chaud au cœur de la voir s’éloigner loin de l’influence de son amie, car sans elle, Lena est plus elle-même. Le passage d’une centaine de pages à Ischia m’a d’ailleurs frustrée car Lena s’est de nouveau retrouvée sous la coupe de Lila.

Pour en revenir au quartier, Lena essaie de s’en détacher, et je trouve qu’elle y arrive plutôt bien. Mais, bien qu’elle s’élève socialement par rapport à ses parents, elle ne sera jamais égale aux enfants/ados des classes supérieures, elle restera à part, et cette trilogie l’illustre très bien :

« Tout à coup, je me rendis compte de ce presque. J’y étais parvenue ? Presque. Je m’étais arrachée à Naples et au quartier ? Presque. J’avais des nouveaux amis garçons et filles qui venaient de familles cultivées, souvent bien plus que Mme Galiani et ses enfants ? Presque. D’examen en examen, j’étais devenue une étudiante accueillie avec bienveillance par les professeurs absorbés qui m’interrogeaient ? Presque. Derrière ce presque, j’eus l’impression de comprendre comment se passaient vraiment les choses. J’avais peur. J’avais peur comme au premier jour de mon arrivée à Pise. Je craignais ceux qui savaient être cultivés sans ce presque, avec désinvolture. »

Cette situation m’a chagrinée et beaucoup marquée, car si on y réfléchit bien, ce phénomène est encore présent aujourd’hui : bien qu’on favorise l’égalité des chances, une personne venant d’un milieu ouvrier n’a pas exactement les mêmes opportunités qu’une personne venant d’un milieu plus aisé. Il y a et il y aura toujours un déterminisme social, aussi triste cela soit-il.

Par contre, l’admiration de Lena pour Nino Sarratore m’a exaspérée plus qu’autre chose. Pour commencer, les tournures de phrases du style : « Comme il était beau… » reviennent assez fréquemment et c’était agaçant ; la plume d’Elena Ferrante est pauvre quand il s’agit de parler de Nino, je trouve… Ensuite, selon moi, Nino ne vaut pas mieux que son père. Peut-être avez-vous des avis différents sur la question, mais ce tome 2 m’a brillamment montré qu’il n’avait vraiment rien de spécial. Je comprends pourquoi Lena l’aime et quel idéal il représente pour elle, mais personnellement j’ai eu du mal avec ce personnage. Il resurgit d’ailleurs à la tout fin du roman, et je le regrette ; j’espère qu’il ne sera pas trop présent dans le tome 3…

Pour conclure, j’ai passé un excellent moment avec Lila et Lena. J’ai été accro durant une grande partie de ma lecture, et même si j’ai trouvé que l’intrigue s’essoufflait un peu vers la fin du roman, ça ne m’a pas empêchée d’adorer ma lecture.

Une excellente lecture

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Chronique du tome précédent : L’amie prodigieuse

Une réflexion sur “L’amie prodigieuse, tome 2 : Le nouveau nom d’Elena Ferrante

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